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La ferme autonome de Rambouillet : un parfait terrain de jeux pédagogiques

Publication : par Angélique BODINIER

L’an dernier, c’est avec un fort engagement que nos éco délégués se sont investis dans les actions.
La nouvelle promotion souhaite vivement les poursuivre.
Les anciens ont été forces de proposition en souhaitant approfondir leurs connaissances sur le fonctionnement de la remarquable ferme de Rambouillet, entièrement bio et autonome et faire découvrir ce lieu aux nouveaux engagés.
Bravo à eux !

Ni une, ni deux, vendredi 21 novembre, malgré la météo aux températures hivernales, tous étaient au rendez-vous pour mener les activités au sein de cette exceptionnelle exploitation de moutons mérinos, ayant une renommée d’excellence, à travers le monde, comme conservatoire génétique, pôle de recherche et de formation.

Cette ferme est une véritable exploitation agricole autonome, entièrement bio qui favorise les circuits courts et le bien-être animal.
Un magnifique support pédagogique pour nos éco délégués très curieux.

Ce lieu, déjà connu de certains élèves, a été l’occasion pour eux d’aller plus loin dans leurs connaissances, ils ont même pu échanger avec les enseignants et les élèves ingénieurs agronomes de l’école AgroParisTech rencontrés sur place.

Partons à sa découverte !

Julie, généticienne, nous a accueilli et guidé à travers la ferme.
Naturellement, la visite a débuté par la bergerie.

1) Les éco délégués à la découverte du troupeau de moutons Mérinos.

Arrivés à la bergerie, les élèves ont adoré ces moutons ; pourvus d’une épaisse toison, ressemblant à de véritables peluches vivantes.
La bonne odeur du foin du matin, l’ambiance chaude et calme, uniquement rythmée par quelques bêlements, leur a beaucoup plu.
Un gite dans lequel les animaux peuvent, à leur guise, venir s’abriter ou aller paître dans les prés alentours.
Julie a expliqué la différence entre le foin et la paille avant que les élèves débitent un ballot pour nourrir ces gourmands et ils en ont profité pour caresser leur douce toison.

2) Découverte et démonstration du travail du chien de berger : rigueur et régularité.

Les élèves ont été impressionnés, Augustin, le « maître », sait parler aux chiens de troupeaux.
« Gauche, recul, stop. ».
Trois ordres d’une voix posée, un sifflet et voici la dizaine de brebis qui passe sagement d’un enclos à l’autre, entourée du chien aux aguets.
Augustin se trouve à une dizaine de mètres, immobile, détendu.
Tout se déroule comme par magie !
« C’est une technique, pas un don.
En dédiant quinze minutes par jour au chien et beaucoup de rigueur, on peut devenir un bon utilisateur
de chien de troupeau » nous apprend Augustin.

Première formation mise en place à la bergerie nationale, à Rambouillet, en 1794, l’école des bergers s’est dévoilée en réalisant une démonstration pour nos éco délégués.

La race de chiens sélectionnée est le border collie qui possède une excellente endurance couplée à une grande capacité d’apprentissage.
Il faut 24 mois pour qu’un chien soit apte et il travaillera pendant 10 ans.

Une très bonne leçon pour nos élèves qui ont compris tout l’intérêt de la régularité et de la rigueur pour l’acquisition d’un apprentissage.

3) La tonte du mouton : indispensable pour son bien-être.

Le chien de berger s’est montré bien utile pour acheminer les animaux dans l’enclos de la tonte.
Il existe un diplôme de tonte de moutons et aujourd’hui certains élèves étaient évalués.
Car tondre un mouton est un art dont la maîtrise s’évalue !
Cet art comporte aussi des aspects économiques dans la mesure où moins l’éleveur passe de temps à tondre un mouton, plus il dégage du temps pour d’autres activités.
Les éco délégués ont été impressionnés car le mouton est manipulé dans tous les sens.
Au point que certains se sont interrogés sur le bien-être de l’animal et ils ont eu bien raison car ce n’est pas de la maltraitance, c’est même obligatoire de le faire !
La tonte des moutons est nécessaire au moins une fois par an.
Cela n’est pas nécessairement lié à l’exploitation de la laine mais garantit le bien-être des animaux.
En effet, cette pratique contribue à prévenir les infestations de parasites comme les tiques et les poux.
Par ailleurs, la laine retient une partie de la pluie à laquelle peut être exposé un mouton qui pâture.
Ainsi, lors des épisodes de pluie, le mouton peut se retrouver à supporter un poids conséquent, augmentant les possibilités de blessures.
Sans compter que si le champ de vision est diminué, l’animal devient incapable de se mettre à l’abri d’un danger imminent.
Pendant les épisodes de fortes chaleurs, l’épaisse couverture empêche le mouton de réguler correctement sa température corporelle.
Compte tenu de tous ces arguments, ne pas tondre un mouton pendant une longue période revient à un acte de négligence assimilé à de la maltraitance.
Tondre, oui, mais pas n’importe comment !
Les animaux sont des êtres sensibles, il ne s’agit donc pas de faire n’importe quoi.
Il existe donc un ensemble de pratiques permettant une tonte respectueuse pour minimiser le stress des animaux et les blessures.
Le printemps est la période idéale, pour que la peau ne soit pas exposée aux rayons agressifs du soleil estival, tout en allégeant la toison pour éviter que le mouton ne souffre de la chaleur.
Par ailleurs, c’est à cette période que le parasitisme a le plus de chance de se développer.
Les brebis ont mis bas et la laine est de meilleure qualité.
Ce qu’il faut comprendre c’est que, même si l’animal ne coopère pas forcément, tout simplement parce que le mouton est un animal craintif et qu’il est contraint dans ses mouvements, ce n’est pas douloureux pour lui, c’est comme chez le coiffeur !
Cette tâche demande précision et rapidité.
Voilà de beaux moutons !

4) Le tissage de la laine : les éco délégués s’offrent des bracelets d’amitié.

Ensuite, direction l’atelier de tissage, dans une magnifique salle historique à l’épaisse charpente pluri centenaires.
Elle abrite un véritable conservatoire avec des échantillons de laine datant de l’époque de Napoléon !
Les élèves se sont initiés à l’art du tissage et ont réalisé des bracelets d’amitié qu’ils se sont échangés.
Un excellent écogeste créatif renforçant les compétences psycho-sociales !
Ce temps enchanteur, bien loin de l’environnement ultra urbain de notre collège, a ravi notre brigade verte !

5) Faire son beurre : ce n’est pas sorcier !

Après direction l’étable.

Le cheptel se compose de 2 races de vaches : la Prim’Holstein et la Montbéliarde.
Ce sont d’excellentes vaches laitières pour la fabrication de beurre, crème, yaourts et fromages.
La montbéliarde produit aussi une viande de qualité.
Ce sont toutes deux des races bovines de grande taille.
Les femelles mesurent 1,46 m de hauteur au garrot et 700 kg, les mâles 160 à 170 cm pour 1200 kg.
Leurs bassins présentent une bonne faculté de vêlage et leurs mamelles sont amples, bien attachées avec des trayons bien orientés.
Ces critères induisent une bonne production laitière avec un risque de maladie faible et une bonne vitesse de traite.
Ce sont des championnes qui produisent 93 litres de lait par jour !

Le château d’eau pour l’autonomie en eau !

Pour leur bien-être, seuls 23 litres sont prélevés, stockés dans la citerne afin que ce lait soit stérilisé (5 secondes à 130°C pour le lait stérilisé UHT (Ultra Haute Température)).
Evidemment, pour pouvoir produire du lait, une vache doit avoir mis bas un veau.
Les élèves ont été surpris de voir un veau âgé d’à peine 24h !

En salle de traite, Julie a expliqué l’importance fondamentale d’une hygiène rigoureuse.

Ensuite, direction le laboratoire pour la fabrication de beurre frais.

Du lait cru jusqu’à la motte de beurre, il s’agit simplement de récupérer la matière grasse naturelle du lait.
En effet, on en a tous fait l’expérience, en préparant une crème fouettée ou de la chantilly, que si l’on bat la crème trop longtemps, elle finit par se transformer… en beurre !

Faire du beurre est donc très simple :
1) On sépare le lait de la crème se formant à la surface du lait cru après quelques heures de repos.

2) La crème est ensuite barattée, c’est-à-dire fortement agitée jusqu’à ce qu’elle forme des grains jaunes trempant dans du liquide.
Cette émulsion est une inversion de phase !

3) On filtre pour séparer le beurre du petit-lait.

Tous ont réussi à fabriquer leur propre beurre frais.
Et quelle ne fut pas leur joie quand ils ont pu déguster leur beurre fabriqué par eux-mêmes à la sueur de leur front !
Nos éco délégués l’ont grandement apprécié, il était vraiment délicieux, très loin des versions industrielles consommées au quotidien...
Ils l’ont savouré.
Un vrai délice !
Ils avaient hâte de baratter leur beurre ce soir pour leur bon petit-déjeuner de demain matin !
Voilà un simple et très bon écogeste !
Une mise en bouche avant le pique-nique au chaud dans l’écurie.
L’après-midi a été consacrée à la découverte des autres animaux : les chèvres, les lapins, les cochons, les volailles…
Nos jeunes élèves ont été ravis de caresser les animaux.
Ils ont pu connaître ainsi des mots nouveaux (noms des mâles, femelles, petits) et obtenir des informations sur la nutrition de ces animaux, leur mode de vie et leur reproduction (nombre de petits, gestation, ...).
Pour finir les élèves se sont défoulés dans le labyrinthe végétal formé de haies de charmes taillées.
Malgré la météo hivernale, la journée a permis à nos petits citadins de découvrir, avec sérénité, la vie de la ferme et les attraits de la campagne : une atmosphère calme, de l’espace, plein d’animaux qui adorent les caresses, …
Tous voulaient rester dans ce paradis.
Une véritable exploitation agricole est un super support pédagogique !
Une super journée pour lancer les actions de nos éco délégués !

Pour aller plus loin : Pourquoi ce mouton est-il si exceptionnel ?

Le mérinos est une race ovine originaire d’Espagne, élevée principalement pour sa laine.
Dès 1801, Napoléon Bonaparte, Premier Consul, lança un vaste projet d’élevage, visant à la production en quantité, à la fois bouchère et lainière, pour s’affranchir du quasi-monopole anglais du coton.
La laine mérinos est éprouvée depuis des siècles et reconnue aujourd’hui pour offrir des fonctionnalités inégalées par les autres textiles.
Par exemple, les alpinistes sont particulièrement exposés à des conditions extrêmes au cours des différentes saisons et ont donc besoin de vêtements qui protègent et fonctionnent de manière fiable, dans toutes les situations.
La laine mérinos présente, ici, de nombreux avantages : elle isole bien, elle ne gratte pas au contact de la peau, elle évacue l’humidité, elle est antistatique, elle n’a pas d’odeur, elle est légère et conserve sa forme sans se froisser.
Et tout cela de façon naturellement durable !

La laine neutralise les odeurs.
Qui aime sentir mauvais ?
La laine permet de partir en montagne, plusieurs jours, avec moins de vêtements car elle a un effet antibactérien.
Cela est lié à la structure de la fibre de laine : sa surface rappelle les carreaux (alors que les fibres synthétiques sont lisses), les bactéries ont ainsi du mal à s’y accrocher.
Et ce sont précisément ces bactéries, précisément leurs gaz, qui sont responsables des mauvaises odeurs.

Grâce à la laine mérinos, il y a moins de sueur sur la peau, car l’humidité est absorbée directement dans la fibre.
En outre, les fibres de laine ont comme une sorte de « machine à laver intégrée » : la kératine (donc les molécules protéiques de la fibre Mérinos), qui détruit les bactéries qui sont à l’origine des mauvaises odeurs.
Nous pouvons ainsi bénéficier de la fonction autonettoyante incroyable de la laine pour laver beaucoup moins souvent les vêtements en laine mérinos.
Après une randonnée, il suffit d’aérer le vêtement.
Il peut être remis le lendemain sans aucune odeur désagréable.
Pour la plus grande joie de vos amis comme de l’environnement !